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les disparus de Morisel en 1944

Notes diverses et réflexions

25 Septembre 2024

INTRODUCTION

 

Je suis généalogiste amateur depuis plus de 35 ans, j'ai dans mes recherches une énigme qui concerne Émile Georges TETAZ de Morisel.

Émile Georges a été arrêté le 26 février 1944 avec son frère Yves Henri par la Gendarmerie de Moreuil à la suite d'un délit.

Condamné à trois ans de prison il a été interné en la prison d'Amiens, route d'Albert , du 26 février 1944 au 22 août 1944 dans la catégorie de Droit Commun.

Il en a été transféré par les allemands vers la Citadelle d'Amiens en date du 23 août 1944.

A partir de cette date Émile a totalement disparu. Le dernier courrier adressé à son épouse date du 4 Août 1944.

Sur cette fin de guerre et à l'approche des alliés il est possible d'imaginer une exécution sommaire dans les fossés de la Citadelle mais il ne s'agit que d'une hypothèse de travail.

Nous savons que tous les fusillés de la Citadelle d'Amiens ont été identifiés sauf un retrouvé le 14 mars 1946 et inhumé au cimetière de la Madeleine d'Amiens.

 

Cette coïncidence est troublante... !

 

Sans aucune nouvelle il a été déclaré disparu le 31 août 1944.

 

PROCES VERBAL DE LA GENDARMERIE DE MOREUIL DU 28 AOÛT 1963

 

Suite à une demande d'attribution du titre d'interné politique et sur demande de Monsieur le Sous-Préfet à Montdidier en date du 16 Août 1963, une enquête de Gendarmerie de Moreuil a été diligentée le 28 Août 1963.

 

Sur ce procès verbal son épouse indique :

 

il est exact que feu, mon premier mari TETAZ Émile né le …..a été arrêté le 26 février 1944 par la gendarmerie de Moreuil pour les faits suivants : Vol de tabac à Castel, de chaussures à Thézy-Glimont avec son frère Yves Henri et deux autres personnes.

sans préciser, feu mon mari devait faire partie d'un réseau de résistance à Moreuil....

 

 

Il semble évident que si Émile avait fait partie d'un réseau et que cela ait fuité en 1944 et découvert par les Allemands son sort était alors scellé d'autant que la libération d'Amiens par les alliés était proche ( 31/08/1944), sinon le mystère reste entier.

 

Cette affaire nécessite un éclaircissement car la famille est fortement impactée par cette disparition et elle souhaiterait connaître les faits.

 

 

 

ENREGISTRE COMME DEPORTE POLITIQUE

 

https://www.servicehistorique.sga.defense.gouv.fr/sites/default/files/2019-12/SHDAC_21P_DIR.pdf

 

Cote AC21P : Un dossier type de déporté/interné résistant contient les documents suivants : formulaires de demande d'attribution du statut de déporté/interné

 

La famille C et sous-série 21 caractérise les déportés politique & résistant...alors qu'il semblerait que nous soyons dans un cadre de Droit commun...

 

 

 

INCONNU de la Citadelle d’Amiens exhumé le 14 mars 1946.

 

 

https://fusilles-40-44.maitron.fr/spip.php?article186140&id_mot=10378

 

35 résistants identifiés ont été fusillés à la citadelle d’Amiens entre novembre 1940 (voir Lucien Brusque) et août 1944 (voir Charles Lemaire).

Un 36e corps a été exhumé le 14 mars 1946 sans qu’il puisse être identifié.

 

INFORMATIONS DIVERSES

 

Selon le procès verbal et la déposition de Mme Jumel veuve Tetaz les deux compères complices d'Emile et de son frère ont été mis en liberté provisoire et ont du choisir entre l'incarcération ou le STO, ils ont choisi le STO (service du travail obligatoire) selon le témoignage d'un intéressé.

 

Concernant Émile il est important de noter qu'il a été porté disparu le 31 août 1944 et sur certains documents « MORT EN DEPORTATION » sans plus d'information quant à la date et le lieu.

Le même énigme est établie pour son frère Yves Henri qui n’apparaît pas dans la BDD de l'INSEE concernant les décès après 1970.Il serait donc décédé avant 1970 ? Néanmoins sa sœur aînée Georgette a souvent indiqué en famille qu'elle aurait reconnu, plusieurs années après la fin de la guerre, un homme ressemblant à son frère …. !

Or après de nombreuses heures de recherche Émile n’apparaît pas sur les listes disponibles sur le Net des déportés en Allemagne.

Comme je l'ai indiqué par ailleurs la proximité de la libération d'Amiens me fait douter d'un éventuel transfert dans un camp de déportation et de surcroît par rapport au motif de son incarcération, car nous parlons alors de prisonnier de droit commun.

 

 

 

CONCLUSIONS

 

concernant la citadelle

 

 

En partant de l'hypothèse de travail qu’Émile ait été ou aurait pu être exécuté sommairement dans les fossés de la Citadelle d'Amiens, il est alors possible d'envisager qu'il soit cet inconnu non identifié. En effet son transfert de la prison d'Amiens vers la Citadelle a certainement était faite dans des conditions particulières et on peut imaginer qu'il n'était pas en possession de ses papiers d'identité.

 

Je trouve cette coïncidence assez troublante et intéressante. Cela nécessiterait une étude plus approfondie tant au niveau de son éventualité et hypothèse. Dans tous les cas on se saura jamais la réalité sur le déroulement de ces faits. Alors pousser plus avant les recherches ne pourraient qu'apporter un éclaircissement sur une période triste du XX siècle au plan régional et historique.

Ainsi compte tenu des moyens actuels une solution reste à envisager pour une identification qui pourrait être réalisée par une analyse ADN. Cette opération pourrait être envisagée et financé par la Région, l'Université d'Amiens, Ministère des armées Service historique de la défense Division archives des victimes des conflits contemporains, la Ville d'Amiens. On peut rêver... (Même si l'ADN ne menait à rien ses résultats ne seraient pas perdus).

 

 

 

 

Émile Georges TETAZ Yves Henri Tetaz

 

_______________________________________________________________

 

Informations de notre correspondant monsieur Claude Leleu de Cagny

 

Également en découvrant les martyrs du Bois de Gentelles, on peut avoir le sentiment que la concordance de date est un fait interrogateur. Les Tetaz furent transférés de la prison d'Amiens vers la Citadelle le 22 ou 23 Août 1944 et portés disparus à cette date.

Émile Georges Tetaz est enregistré comme déporté politique ( AC 21 P 543 489)

 

Alors pourquoi, à nouveau, ne pas envisager que les deux frères soient parmi les trois personnes non identifiées (qui auraient été inhumées dans une fosse commune à Amiens) ?

 

 

 

 

 

 

 

Le charnier du Bois de Gentelles

 

 

Un monument commémoratif fut élevé en 1947 sur un terrain offert par son propriétaire, M. de Thézy, à l’initiative de l’Union des anciens de la Résistance de Corbie. Il a été érigé aux abords de deux fosses (des cagnats de 1914-1918), où furent ensevelis les corps de vingt-sept victimes exécutées en mai et en août 1944. Il s’agissait de résistants ORA et FTPF enfermés à la citadelle d’Amiens.

Le journal Picardie nouvelle rendit compte de la découverte du site et de l’identification difficiles des corps, à partir de son édition du 12 septembre 1944. Selon cet organe de presse, le charnier fut révélé le 8 septembre, vers 18 h. 30, à l’occasion de battues organisées par la Résistance locale pour débusquer les derniers Allemands. Deux groupes furent impliqués : celui qui était commandé par le chef de la brigade de gendarmerie de Boves, Lefèvre, et celui du lieutenant Laurent. Les corps étaient répartis dans deux cagnas distinctes : huit d’un côté ; dix-huit de l’autre, dont une femme. Les fouilles furent faites par des prisonniers allemands ; les dépouilles furent examinées par le docteur Machoire, et un relevé anthropométrique (empreintes et photographies) fut pratiqué par Marc Boucher. Les corps furent ensuite transportés au nouvel hôpital d’Amiens, pour identification par les familles. Les obsèques eurent lieu le jeudi 14 septembre.

Les huit victimes abattues dans la nuit du 8 au 9 mai 1944 :

  1. Camille BIZET, de Moreuil ;

  2. Maurice CAMIN, d’Andeville (Oise) ;

  3. André CARPENTIER, de Monchaux-Soreng (Seine-Maritime) ;

  4. Charles DUPUICH, ouvrier, de Méru (Oise), né en 1922 à Laigneville (Somme) ;

  5. Jean FOURRAGE, de Trignac (Loire-Atlantique) où il est né le 28/4/1919 ; fils de François et de Sigismonde PLET ; photo ; sous-lieutenant ORA-AS ; Dès 1942 membre actif au F.T.P sous le pseudo Jacques Vasseur et opère dans la région de Gamaches et Eu - Membre le l’O.R.A. en février 1943 - Réseau Evasion Bourgogne - Arrété le 02/04/1944 à Hornoy en compagnie de sa mère qui sera déportée, la famille Waquez et Darras ; mort pour la France (AC 21 P 186735) ; inhumé une première fois au cimetière de la Madeleine à Amiens, c’est au cours d’une exhumation qui a lieu le 28/08/1945 qu’il est officiellement reconnu (identité judiciaire d’Amiens du 08/06/1946) ; coiffeur.

  6. Marcel PAY(E)MENT, d’Ochancourt ; photo ;

  7. Morand WAQUEZ, d’Hornoy-le-Bourg ; 44 ans, gendarme révoqué par Vichy ;

  8. Raymond WAQUEZ, d’Hornoy-le-Bourg ; ORA ; ancien enfant de troupe à l’école des Andelys ; né le 27/2/1925 à Aniche (Nord) ; inhumé à la Madeleine (Amiens) puis à Hornoy ; arrêté le 2 avril et interné à la citadelle d’Amiens, où il est dans la même cellule que son père (Morand) et Jean Fourrage ; mort pour la France (26/8/1948).

Les dix-huit victimes de la nuit du 28 au 29 août 1944 :

  1. Paul COURCELLE, de Longpré-les-Corps (Somme) ; né le 7/3/1914 à L’Étoile (Somme) ; père de quatre enfants ; tisseur aux usines Saint-Frères de Condé-Folies ; mort pour la France (AC 21 P 109439) ;

  2. Marcel DELAMOTTE, 21 ans, de Villers-Bretonneux ;

  3. Arthur DUBOIS, demeurant à Feignies (Nord) ;

  4. Marguerite DUFLOS, née le 4 avril 1923 à Loeuilly, fille d’Émile Duflos et de Catherine Daboval ; demeurant à Nolette (comm. de Noyelles-sur-Mer) ;

  5. Charles ÉMILE, 20 ans, de Saint-Léger-lès-Domart où il est né le 17/1/1924 ; employé aux usines Saint-Frères de Saint-Ouen ;

  6. Robert MARÉCHAL, 33 ans, charpentier, 73 rue Terral, à Amiens ;

  7. Jacques NOIRET, né en 1921, 23 ans, de Bonnay ;

  8. Jean NOIRET, né à 1926, de Bonnay ;

  9. René PASTOL, 37 ans, électricien, de Beauvoir-Rivière (Pas-de-Calais) ;

  10. Alfred ROGER, 30 ans, de Dury ou Bonnay (Somme), employé à la SNCF, arrêté par les Allemands le 22 août ; sergent FTP ;

  11. Émile SAJOT ;

  12. Lucien (ou Alfred ou Julien) SEGARD, 19 ans, de Saint-Léger-lès-Domart ; employé aux usines Saint-Frères de Saint-Ouen ;

  13. Robert VANWEYDEVELDT, 25 ans, né le 30/12/1919 à Roubaix ; chauffeur à la SNCAN, de Bonnay ; sergent FTPF ; photo ;

  14. Adolphe VINCENT, de Bonnay, sergent FTPF ; photo ; né le 06/12/1892 à Étricourt-Manancourt (Somme) ; mort pour la France (AC 21 P 168507) ;

  15. Marcel WYNCKE, 25 ans, de Bonnay.

  16.  

Liste à quoi s’ajoutent trois corps non identifiés.

 

Ces trois corps reposent à nouveau des questions sur la disparition d'Emile Georges et d'Yves Henri TETAZ.

 

Cette coïncidence interpelle.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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